Archive pour le mot-clef ‘manipulateur amoureux’

Gisèle

Mercredi 30 septembre 2009

Gisèle

Je m’appelle Gisèle; j’ai 46 ans. L’homme avec lequel je vis correspond exactement à la description du manipulateur. Il est très habile à se faire passer pour ce qu’il n’est pas, et aussi à rabaisser les autres, moi en premier. Pourtant, j’ai passé plus de trois années à ses côtés, avant de me rendre compte que j’étais dévorée à petit feu et que je perdais toute ma substance. On ne s’est jamais mariés parce qu’il n’est pas encore divorcé de sa première femme et qu’il est en procès avec elle pour des histoires de partage de biens. Quand j’ai rencontré R… évidemment il m’a dit les pires horreurs sur elle et je l’ai cru. Comme beaucoup de femmes qui doivent faire avec le « fantôme » de la précédente épouse ou compagne, j’étais jalouse d’elle et j’avais hâte qu’elle « débarrasse » le terrain. Mais au fil du temps j’ai compris que c’était lui qui ne voulait pas lâcher le morceau et j’ai fini par me dire qu’elle n’avait sûrement pas tous les torts, dans leur histoire. Maintenant, j’avoue que je compatis ; elle me fait de la peine et en fait, je pense qu’elle et moi sommes dans le même sac. Avec lui, il est difficile d’avoir le dessus. Une fois qu’on est dans ses griffes, c’est dur d’en sortir. Il gagne bien sa vie et j’ai arrêté de travailler il y a deux ans. J’étais secrétaire médicale. J’aimais bien mon travail, mais j’ai cédé à la tentation d’une vie plus confortable et –je le croyais- insouciante, quand R… a insisté pour que je reste à la maison. A partir de là. L’enfer a commencé. Très vite, il m’a reproché de ne rien faire, d’être paresseuse. Il disait que je devenais moche et que ça l’énervait de me voir traîner du matin au soir. Mais ce n’est pas vrai ; je faisais plein de choses, au début tout du moins. J’ai toujours été attentive à la façon de tenir la maison, d’entretenir le jardin. Mais pour lui ce n’est jamais bien fait et mes efforts ne sont non seulement pas pris en compte mais ils se retournent même contre moi. Si je plante des tulipes, il m’accuse d’avoir dépensé inutilement de l’argent pour l’achat des bulbes, « pour des fleurs qui piquent du nez tout de suite et qui ne sentent même pas bon ». Il voit toujours le mauvais côté de ce que j’entreprends. « Surtout que tu ne travailles pas, alors tu devrais avoir plus de respect pour l’argent que je gagne, moi », dit-il. L’autre jour, il a ajouté : « je comprends pourquoi ils t’ont virée du cabinet médical. » Comme je n’ai pas été renvoyée du tout, je le lui ai fait remarquer. Il a répondu : « ah, c’est ce que tu t’imagines ! Ma pauvre tu es aveugle ; grâce à moi tu as quitté ton poste juste à temps ; ils t’auraient licenciée sous peu, je te le garantis ! La preuve, ils en ont engagée une plus jeune ». Il a dit ça comme si il savait. Du coup, moi j’ai douté de mes souvenirs, j’ai commencé à essayer de me rappeler, à chercher dans ma mémoire des indices qui auraient dû m’alerter, à l’époque, de la part de mon employeur. Mais je crois que je ressasse inutilement. Hier j’ai retrouvé une photo de moi, prise chez ma sœur il y a trois ans, juste avant de rencontrer R… J’étais plutôt jolie ; j’avais l’air radieuse. Aujourd’hui, je ne vois plus ma sœur, avec qui je me suis fâchée, à cause de R…, justement. Je ne vois plus grand monde, je n’ai plus d’amies. R… les critiquait ; à chaque fois c’était toute une histoire pour se voir. Alors, j’ai fini par laisser tomber, mais je me rends compte maintenant que je vis en recluse, isolée du reste du monde. Je n’ai plus de goût à rien. Cette photo retrouvée au fond d’un tiroir a été le déclic, pour moi. Je me suis souvenue de comment j’étais, AVANT. C’est-à-dire avant lui. Ça m’a secouée. J’ai eu envie de réagir. Je vous écris parce que je voudrais que mon témoignage permette à d’autres femmes d’éviter ça, de perdre tout ce temps auprès d’un type qui n’en vaut pas la peine et qui va dévorer leur personnalité. Il ne faut pas confondre amour et sacrifice. Même s’il m’arrive d’avoir peur de lui, je pense que je vais essayer de m’en détacher. Retrouver un boulot et partir. De toute façon ça ne pourra pas être pire… Merci beaucoup de m’avoir écoutée ; c’est important de pouvoir se défouler »